Marylaure TABUTEAU Médecine Chinoise

Qu’est-ce que la médecine traditionnelle chinoise (MTC) ?

Issue de trois courants de pensée : Taoïste, Bouddhiste et Confucianisme, l’origine de la MTC remonte à plus de 3 000 ans.

Parmi les différentes ethnomédecines du globe, la Médecine Traditionnelle Chinoise occupe une place à part. Cette médecine a conservé une remarquable continuité historique depuis la plus lointaine antiquité, qui fait aujourd’hui d’elle l’un des trésors du patrimoine culturel, scientifique et médical. Elle est en Chine une médecine d’état, disposant au même titre que la médecine moderne de son ministère, de ses universités, de ses hôpitaux et de ses unités de recherche. Elle forme, après la médecine occidentale, le système médical le plus développé au monde. Si son efficacité lui a permis de traverser les siècles, ses possibilités d’application sur le terrain l’ont également amenée à se développer hors de Chine, pour gagner progressivement tous les continents. En France, l’une des branches de cette médecine, l’acupuncture, est pratiquée depuis de nombreuses décennies.

Contemporaine de la médecine d’Hippocrate, la MTC est une médecine universelle, naturaliste et humaniste, permettant de comprendre et de traiter les maladies par des moyens simples, naturels, efficaces et non iatrogènes. Sa particularité est de considérer l’homme comme un élément du cosmos, placé entre Ciel et Terre.

Quel est son concept ?

  1. L’observation du soleil et de la lune a donné l’origine de la théorie du Yin-Yang.
  2. L’observation des planètes a donné l’origine de la théorie des  5 mouvements.
  3. L’observation de la nature a donné l’origine de la théorie Ciel-Homme-Terre.

Fondé sur une philosophie qui repose sur l’observation simple et profonde de la nature, cette médecine vise à l’entretien de la santé et de la vie.

Origine de la théorie du Yin-Yang

Si nous oublions un instant les murs et la ville que nous avons fabriqués et qui nous entourent, et que nous essayons de regarder les choses de manière primitive, que voyons-nous?

  • Que nous sommes à la jonction de deux espaces : la terre sous nos pieds, et le Ciel au-dessus de notre tête.
  • Que la terre est délimitée par une ligne d’horizon, tandis que le ciel se poursuit par un espace sans fin, appelé en chinois « Tai Kong », le grand vide.
  • Que dans cet espace, deux partenaires intimes de la terre sont directement observables : il s’agit du soleil et de la lune.

Les chinois disent du soleil qu’il est “ le maître de la terre ”. Il est l’astre qui a le plus d’influence sur notre planète, et sur les phénomènes qui se déroulent à sa surface. La terre tourne autour du Soleil.

Soleil = YANG

TABUTEAU_Symbole_Soleil

Les chinois disent que “ la Terre est le maître de la Lune ”, car cette dernière est passive ; elle tourne autour de la terre en lui montrant toujours la même face. Elle n’apparaît que lorsque la terre la cache du soleil.

Lune = YIN

TABUTEAU_Symbole_Lune

La tradition chinoise a nommé Yang l’influence du soleil sur la terre, et Yin celle de la lune.

Le Soleil est appelé en chinois Tai Yang, le Grand Yang. Il est le référent principal, la source de lumière et de chaleur qui permet la vie sur terre.

Le Yang reflète l’influence de nature solaire sur les phénomènes vivants.

En médecine chinoise, le Yang désigne le mouvement, la chaleur, l’agitation. Il représente les aspects vitaux, dynamiques, thermiques et psychiques ; tout ce qui anime, réchauffe et éclaire la vie humaine.

Le Qi (l’énergie) et le Shen (l’esprit) appartiennent au Yang.

Quand le Yang cesse, c’est-à-dire quand le soleil disparaît à l’horizon, apparaissent la nuit et la lune, marquées par le calme, l’inactivité, la fraîcheur. La Lune présente toujours la même face, et sa lumière n’est que le reflet de celle du soleil. C’est la période du repos, du Yin.

Le Yin représente l’influence de nature lunaire sur les phénomènes vivants.

En médecine chinoise, le Yin désigne l’inertie, le froid, l’interne. Il représente aussi la matière du corps et la masse des liquides qui le composent (le corps humain étant fait à 75 % d’eau). Le corps joue en effet un rôle de ralentissement et de refroidissement par rapport à sa propre thermodynamique, et sert d’abri pour l’esprit.

Le Jing (essence physique, matière du corps) appartient au Yin.

Jours, nuits, saisons, climats, marées, couches atmosphériques, champs magnétiques… tous les phénomènes naturels essentiels au fragile mécanisme de la vie sont conditionnés par les mouvements et la position du soleil et de la lune par rapport à la terre.

Observation des planètes, origine de la théorie des  5 mouvements (Wu Xing)

Fins observateurs de la mécanique céleste (dès l’an 1000 de notre ère apparurent les premières cartes du ciel, éphémérides et horloges astronomiques en Chine), les chinois avaient remarqué que d’autres planètes tournaient autour du Soleil, et qu’elles exerçaient elles aussi une influence sur la terre.

Ils ont donné un nom à chaque planète, ou plus exactement à chaque mouvement de planète, désignant ainsi son influence de façon symbolique :

  • MERCURE : mouvement de l’EAU
  • VENUS : mouvement du METAL
  • MARS : mouvement du FEU
  • JUPITER : mouvement du BOIS
  • SATURNE : mouvement de TERRE

Après une longue et minutieuse observation du mouvement de ces planètes et de l’effet de leur position par rapport à la Terre, les chinois établirent la théorie des Wu Xing, Cinq Mouvements.

Chacune de ces phases possède une certaine “ qualité d’énergie dominante ” en relation avec les grands mouvements cosmiques et porte le nom d’un élément naturel. Chaque élément est associé à un organe.

  • LE BOIS qui correspond au printemps, traduit la naissance, la germination, la poussée vers le haut. L’organe qui lui est associé est le FOIE.
  • LE FEU qui correspond à l’été, traduit la propagation, la croissance, le développement. L’organe qui lui est associé est le CŒUR.
  • LA TERRE qui correspond à la l’été indien, traduit la maturité, le mûrissement lent. L’organe qui lui est associé est la RATE.
  • LE METAL qui correspond à l’automne, traduit le vieillissement, le tassement, l’assèchement. L’organe qui lui est associé est le POUMON.
  • L’EAU qui correspond à l’hiver,  traduit la mise en sommeil, la mort, le retour au plus profond. Les organes qui lui sont associés sont les REINS.

Observation de la nature, origine de la théorie Ciel-Homme-Terre

“ Le Ciel produit l’homme et la Terre le nourrit ”

Ce qui précède montre que l’homme est le produit du ciel et de la terre, qui lui donnent leur énergie propre et dont les rythmes continuent à battre en lui tout au long de sa vie.

Ces rythmes sont :

  • Le rythme de la respiration (énergie tirée de l’air et du ciel)
  • Le rythme des pulsations cardiaques (ce que l’on mange vient de la terre, et forme notre sang).
  • Le rythme de la veille et du sommeil (rythmes biologiques fondamentaux associés à l’influence alternée du jour et de la nuit, du soleil et de la lune)

L’homme n’est pas une entité indépendante du reste du monde. Il est au contraire le produit combiné des énergies du ciel, de la terre et des étoiles. A l’intérieur du corps humain, le mouvement vers le haut représente le Yang et celui vers le bas (stabilité) représente le Yin.

Le Yin et le Yang régissent l’équilibre de la nature, à l’identique du corps humain.

Si l’équilibre Yin/Yang est altéré dans la nature, il survient un dérèglement que l’on nome catastrophe naturelle (en grec « katastrophê » qui signifie « renversement »), pour l’humain, c’est la maladie qui s’installe…

Comment soigne t-elle ?

L’ensemble des connaissances relatives à la MTC, obéit à des lois observées dans la nature et vérifiés par les phénomènes qui en découlent lorsqu’il y a un dérèglement.

Nous pouvons faire la corrélation entre la nature et l’humain en observant la manifestation des symptômes « communs » lorsqu’il y a déséquilibre. En voici un échantillon :

Dans la nature

  • Tremblement de terre
  • Orage (éclairs, tonnerre)
  • Inondation (fleuves et rivières)
  • Brouillard
  • Éruption volcanique
  • Pluie diluvienne

Chez l’humain

  • Tremblement essentiel, Parkinson, vertiges…
  • Colère violente, furie, accident vasculaire cérébral…
  • Épanchement de synovie, œdème pulmonaire, hémorragie…
  • Flegmes, bronchite… (condensation des liquides)
  • Acné, psoriasis, lupus, zona…
  • Chagrin, pleurs incessants…

Qu’est-ce que le diagnostic en MTC ?

Le but premier du diagnostic est de trouver la cause du dérèglement qui a mené à la maladie.

Ce qui se passe au-dedans se manifeste au dehors. On peut le déceler par :

  • L’observation (corps, teint, langue)
  • L’interrogatoire
  • L’auscultation (écouter, sentir)
  • La palpation (corps, pouls)

 

« Chaque individu constitue un paysage particulier, et le médecin le regarde comme un peintre regarde sa toile. Le teint du visage, l’expression des émotions, les manifestations de douleur, l’aspect du pouls, expriment la nature propre à chacun, ils constituent l’essence du paysage humain. Lorsque l’on est en bonne santé, le paysage est beau. Lorsque l’on est malade, la peinture est laide. »

Extrait du Nei Jing.

Le praticien cherchera donc à identifier la cause du dérèglement pour trouver une solution de traitement adapté, parfois accompagnée de conseils d’hygiène de vie, pour aider le patient à changer certaines de ses habitudes pouvant être nuisibles à un bon équilibre.

Pour illustrer ceci, voici un exemple de motif de consultation accompagné du raisonnement de traitement.

Motif de consultation : Fatigue

Le praticien va chercher avec finesse à différencier les pistes possibles en questionnant la personne (après avoir observé son teint, son aspect général et l’avoir entendu s’exprimer) afin d’orienter au mieux l’analyse : « Etes vous fatigué dès le réveil ou plutôt en fin de journée ? Etes vous fatigué à l’effort ou à l’idée même de devoir faire quelque chose ? Manquez-vous de souffle ? Comment est votre sommeil ? » etc…

Il va rechercher le symptôme principal des symptômes secondaires, puis s’appuyer sur l’observation de la langue et sur la palpation du pouls, pour identifier le(s) syndrome(s) (Il peut s’agir d’un vide d’énergie, de sang, de Yang, de sommeil perturbé, de problème digestif etc…), afin de dispenser à la personne un traitement ciblé et adéquat aussi bien en acupuncture qu’en pharmacopée chinoise.

Diagnostic d’exclusion : La Médecine Traditionnelle Chinoise n’étant pas une médecine d’urgence, il va de soi que dans certains cas extrêmement rares, le praticien devra faire preuve de bon sens et de réactivité pour orienter le patient vers un service plus compétent voir un service d’urgence si celui-ci arrive avec des symptômes qui lui semble inquiétants : Nuque raide (suspicion de méningite), douleur vive à la poitrine (suspicion d’infarctus), douleur exacerbée au mollet à la flexion du pied (suspicion de phlébite), vomissement de sang etc…

Que soigne t-elle ?

La MTC est une médecine généraliste et si de nombreuses pathologies peuvent être traitées, cela ne signifie pas qu’il y ait toujours guérison. Aucune médecine ne peut prétendre à cet absolu. Mais, dans la mesure ou elle peut améliorer le terrain d’un individu, on peut dire que dans tous les cas elle participe à l’amélioration de l’état du patient ou elle retarde l’évolution d’une maladie conséquente.

Coopération : Le rôle du patient est aussi important que celui du thérapeute il se doit d’être actif et volontaire pour se réapproprier sa santé.

Quels sont ses moyens de traitements ?

La MTC possède un ensemble de techniques thérapeutiques qui sont autant de spécialités. Citons parmi les plus connues :

  • Les interventions externes (Wai Yong Zhi Liao)
    acupuncture, moxibustion, massage, ventouses, emplâtres
  • Les interventions internes (Yao, Shi Hao)
    – ingestion de substances : pharmacopée, diététique
  • Les exercices (Qi Gong)
    posture/mouvement, respiration, attention
  • L’intervention psychologique (Xin Li)
    – médecine psychosomatique
  • La prévention (Yang Sheng)
    – conseils de santé

Tous ces outils peuvent se combiner les uns aux autres.

Est-elle compatible avec  d’autres médecines ?

Oui dans certains cas la MTC vient renforcer le système immunitaire pour permettre au patient un soutient précieux, lors d’un traitement lourd tel que la chimiothérapie par ex.

Non lorsqu’il s’agit de médecines alternatives. Il n’y a aucune nuisance entre les différentes approches, mais une personne qui cumule les traitements ne peut espérer un suivi médical juste car il est important pour un praticien d’observer les réactions et améliorations suscitées par son traitement. Dans un traitement mixte, le praticien (comme le patient) est dans l’impossibilité de mener cette enquête.